Allez, je me tais et je laisse parler les images...
Boomer découvre le pneu, mais les hauts, il maîtrise !
Douchka et Audrey en plein effort ! Bon, promis, Dou-douch, bientôt tu auras des obstacles à ta taille !
Des toutous tout partout !
Bienvenue sur le blog d'un éducateur canin ordinaire et de sa chienne extraordinaire.
Notre quotidien, nos activités, nos doutes, nos joies et surtout nos élèves à deux et quatre pattes, venez découvrir la belle vie de chien de Yannick et Pampa !
La belle et malicieuse Lulu
Je n’aime plus les gens qui « aiiiiiment les chiens ».
J’aime pas les gens qui aiiiiment les chiens, parce que les gens qui aiiiiment les chiens n’aiment pas les chiens, mais aiment l’idée d’avoir un petit truc vivant et chaud à portée de main. Ils aiment avoir un être vulnérable sous leur aile. Ils aiment avoir une petite boule de poil lovée sur leurs genoux ou sur leur lit. Ils aiment avoir un compagnon de vie « fidèle ». Ils aiment avoir quelqu’un à nourrir.
Ils aiment, mais ils aiment mal.
Aiment-ils marcher des heures avec leur chien en liberté ? Ah vous savez, à mon âge… Ah, mais je n’ai pas de voiture, alors c’est difficile… Pas besoin, j’ai un jardin… Ah non, il ne revient pas quand je l’appelle…
Aiment-ils voir leur chien s’ébattre avec ses congénères ? Ah, vous savez, il est un peu trouillard… Ah, mais c’est qu’il n’aime pas les autres chiens, il est
tellement attaché à moi… Ah, mais il n’a pas trop l’occasion d’en voir… Ah oui, il en croise parfois dans la rue… Vous savez, je l'aime tellement, je ne voudrais pas qu'il se fasse mal
!
Aiment-ils voir leur chien se rouler dans une flaque, une crotte ou un cadavre ? Ah, c’est dégoûtant ! Il a de ces idées, parfois ! Mais pourquoi il fait ça ?
Peut-être parce que c’est un chien. Et un chien, c’est un animal. Un prédateur, de surcroît. Pourquoi les gens admettent-ils facilement le côté prédateur du chat,
mais ont-ils tant de mal à l’accepter chez le chien ? Un chien, ça aime courir comme un fou, profiter de sa liberté, se mesurer avec ses congénères, et même se rouler dans la boue, la crotte
ou les cadavres.
C’est ça, un chien. Et parce que je suis un humain, que j’ai mes limites et que j’habite en appartement, j’arrête aussi ma chienne lorsqu’elle se roule dans une
crotte, mais je ne la gronde pas. J’aime la voir courir, jouer (ou ne pas vouloir jouer) avec ses congénères et je ris avec un mélange de dégoût et d’attendrissement quand je la vois se rouler
dans la boue ou même dans les cadavres d’animaux. Et tant pis si elle pue, parce que Pampa est un chien, et qu’un chien, parfois, ça pue.
Pampa, après une bonne roulade dans la boue. Humm ! C'est bon la vieille bouillasse croupie sur le museau !
Ce que j’ai appris à aimer avant tout en elle ce n’est pas sa compagnie, sa chaleur, sa beauté ou la douceur de son poil (qu’elle a d’ailleurs assez rêche). J’ai
appris à aimer autre chose. J'ai dû l'apprendre, parce que ma nature d’être humain me poussait au départ comme tout le monde à aimer sa chaleur, sa présence, sa douceur, son « côté
humain ». Mais ce que j’aime vraiment, c’est sa liberté, sa nature différente de la mienne, son incroyable faculté d’adaptation.
Et ceux qui aiiiment les chiens (comme Chouchou adoooore les sushis), se demandent-ils ce que les chiens aiment ou se contentent-ils des apparences, du résultat à court terme ? Mon chien aime quand je lui donne des petits gâteaux ou des croûtes de fromage (et tant pis si ça détraque son système digestif). Mon chien aime dormir sur mon lit (et tant pis si ça crée un hyperattachement). Mon chien aime que je le prenne dans mes bras quand il a peur (et tant pis ça ne fait qu’empirer ses angoisses). Mon chien aime que je sois toujours avec lui (et tant pis si ça le rend dépendant). Mon chien aime que je le caresse tout le temps (et tant pis si ça l’étouffe). Mon chien aime que je joue sans cesse avec lui (et tant pis si ça le rend hyperactif). En lui prodiguant ce genre d’amour fast-food, on répond à une demande immédiate sans penser au long terme. Comme un enfant, un chien a besoin de limites, il a besoin qu’on lui offre la possibilité d’exister par lui-même en ne faisant pas de lui le centre de notre monde, il a besoin d’être cadré, encadré par notre autorité bienveillante (et non par notre autoritarisme absurde), il a besoin d’un ordre juste, de fondations solides pour se construire. Il a besoin de se sentir protégé et guidé par nous, sinon, c’est lui qui se sentira obligé de nous guider. Et cela risque d’être trop lourd pour ses maigres épaules, ou trop lourd pour nous, qui pouvons difficilement vivre sous la loi despotique d’un cador, malgré tout l’amour qu’on lui porte. C’est là que le stress commence, pour le chien comme pour le maître. Ne pas offrir de limites à un chien, le laisser en self-service, c’est laisser le navire à la dérive sans capitaine, c’est lui ôter tout repère. C’est le rendre capricieux, stressé, agressif ou peureux, selon sa nature.
PS : récemment, j’ai gardé une chienne complètement stressée, hyperactive et tyrannique, qui détruit tout chez elle et aboie contre tout et tout le monde, surtout sa maîtresse. Elle tire en laisse et est limite insupportable, du coup, sa maîtresse la sort de moins en moins. Quand elle était petite, sa maîtresse, qui avait besoin d’elle pour guérir de plusieurs deuils, l’a étouffée par son « amour ». Ensuite, voyant la situation se dégrader, elle a cru pouvoir la redresser en criant sur la chienne et en lui fixant des pseudo-limites sans cesse mouvantes.
En 3 jours chez moi, dans un cadre de vie réglé et équilibré, la chienne est redevenue normale. J’ai été attendrie et séduite par cette chienne, mais je ne me suis
pas apitoyée sur son sort. J’ai été stricte, ferme, inflexible, mais aussi calme, joviale et juste. Au bout de deux jours, la chienne qui n’avait jamais été lâchée (sauf au cours de plusieurs
fugues) et se montrait agressive avec ses congénères, gambadait en liberté autour de nous (avec une longe qui traîne par terre, par sécurité), avec deux ou trois autres chiens. Au bout de trois
jours, elle répondait parfaitement au rappel, même en présence d’autres chiens ou stimuli intéressants, et m’avait prise comme point de repère, comme rocher auquel se raccrocher. Ca m’a demandé
du boulot, de l’attention, du temps, mais on y est arrivé.
La chienne est aujourd’hui retournée chez sa maîtresse et pour l’instant, ça se passe mieux, elle est plus calme. Espérons qu’elle parvienne à lui procurer sur le long terme tout l’équilibre, la liberté, la douceur et la fermeté dont elle a besoin.

Nous sommes nombreux à avoir eu tout plein d’animaux, mais finalement, une fois adulte, pourquoi revient-on souvent au chien ? Parce qu’avec un chien, on peut faire des câlins dans la maison, comme avec un lapin, et on peut s’éclater dehors, comme avec un cheval. Le chien est donc un parfait mélange de lapin et de cheval ! Bref tout ça pour vous dire qu’éduquer son chien, ça ne sert pas à lui apprendre à s’asseoir ou à se coucher. Ca sert à pouvoir faire plein de trucs sympa avec lui, une fois passé le stade assis-couché, quand on parvient à se comprendre d'un simple regard. Et plus le chien apprend, plus on peut lui lâcher la grappe. Plus il progresse, plus on peut le laisser s’éclater librement. C’est pourquoi il est super important de lui apprendre à obéir, mais aussi à s’amuser autour de nous ou avec nous, en toute sécurité. Car ça aussi, ça s’apprend. Et comme d’habitude, le boulot n’est pas que pour les chiens : les maîtres aussi doivent apprendre à manier un dosage subtil de surveillance et de lâcher prise. Entre laisser le chien en free-style total et lui imposer d’être toujours au pied, il y a une moyenne. Un juste équilibre pas facile à trouver, mais nécessaire pour donner de bons repères au toutou.
C’est pour cette raison que j’organise tous les mois une randonnée avec les chiens de mon cours collectif. Cette semaine, nous étions 76 pattes (9 chiens et 10 humains) à gambader dans les bois…
Un petit sondage : qui a fait le calcul pour savoir si 9 chiens et 10 humains, ça fait bien 76 pattes ?
Pendant ces mini-randos, les chiens s’éclatent et apprennent à se promener en liberté autour de nous.
Du plus loin
au plus près : Cordoba, Gizmo, Mowgli, Canaille, Pitchoune,
A chaque fois qu'on croise un passant, un chien étranger ou un vélo, on rappelle les chiens et on leur demande se s'asseoir pour libérer le passage. C'est à ce prix
que l'on peut se promener à 10 chiens dans un lieu public sans s'attirer les foudres des passants. Et si les premiers rappels sont toujours un peu cafouilleux, on se rend compte à la fin de la
balade que les chiens sont bien plus attentifs et reviennent plus vite (bon, les mauvaises langues, je vous entends d'ici : d'accord, ils sont crevés. Mais quand même, je maintiens, ils sont plus
attentifs !)
Encore une fois, en leur laissant assez de liberté pour se défouler, mais en leur demandant régulièrement de faire attention à nous, on obtient des chiens à la fois bien dans leur tête, détendus et réactifs. Au début, il faut toujours mêler de l’obéissance aux balades, pour que le chien pense à faire attention à nous. Mais attention, le but n’est pas de faire une balade assis-debout-couché-au-pied-viens-là-mais-alors-qu’est-ce-que-j’ai-dit ! Je me répète, il y a un juste milieu.
Et puis, après quelques mois, quelques années parfois, vient un jour béni où pour le chien, il est devenu évident qu’il peut courir librement, à condition de toujours garder un œil sur nous. On peut alors le laisser de plus en plus libre, car on sait qu’au moindre signal de notre part, il y aura du répondant au bout du fil ! Et là, on peut se dire qu’on l’a enfin, ce compagnon tant attendu, ce mélange de lapin et de cheval à qui on offrira de véritables parties de rigolades en plein air.
C’est dans cette optique que nous avons amené les chiens visiteurs du Grand Lyon à l’Eider Parc, un "parc d’attraction" pour chiens (en fait, il s’agit d’un immense
terrain clos agrémenté de marres et d’obstacles d’agility. Très sympa !).
Ces chiens, qui ont l’habitude de travailler ensemble dans les hôpitaux, écoles ou maisons de retraite, avaient bien mérité une super récrée collective. Maîtres et
chiens se sont bien éclatés.
Aucun heurt, aucune anicroche. Que du plaisir ! C’est aussi ça, l’éducation canine…
